Réseaux sociaux universitaires : attention au respect des ententes avec les éditeurs de revues!

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Les réseaux sociaux scientifiques tels que ResearchGate et Academia.edu sont extrêmement populaires auprès de la communauté académique  et de la recherche. En plus d'offrir une vitrine extraordinaire pour un chercheur, elles offrent un grand potentiel de veille informationelle, de collaboration et d'accès à la documentation scientifique. Ainsi, plusieurs versent avec enthousiasme dans l'une ou l'autre de ces plateformes les versions PDF de leurs publications scientifiques.

Or, la plupart des éditeurs de revues scientifiques n'autorisent pas la diffusion du PDF original des articles publiés dans leurs revues, que ce soit sur un site web personnel, sur un dépôt institutionnel ou, encore moins, dans un réseau social à visée commmerciale (ce qui est le cas des deux réseaux nommés ci-haut). Et si un grand nombre de ces éditeurs permettent néanmoins le dépôt de la version manuscrite finale1 sur plusieurs plateformes, très peu d'entre eux étendent cette permission aux réseaux sociaux.

De ce fait, cette semaine, un important groupe d'éditeurs, The International Association of Scientific, Technical, and Medical Publishers (STM), a contacté ResearchGate pour exprimer des préoccupations sérieuses quant à sa politique de partage de publications et a demandé que des mesures soient prises pour empêcher le partage illégal des articles. On ne connaît pas encore la réaction de ResearchGate, mais rappelons que les conditions générales d'utilisation de ResearchGate, qui doivent être acceptées préalablement à la création d'un compte, stipulent que la responsabilité du respect des droits d'auteur et des ententes contractuelles avec les éditeurs repose sur les épaules du créateur de compte. Il en est de même pour Academia.edu (dont les utilisateurs ont déjà fait l'objet d'une demande de retrait de la part de l'éditeur Elsevier en 2013).

Plusieurs solutions s'offrent aux chercheurs de l'INRS qui souhaitent quand même utiliser ces réseaux et en faire une vitrine de leurs publications : 1) versement des données bibliographiques seulement; 2) ajout du lien pointant vers la notice de la publication dans EspaceINRS, le dépôt institutionnel de l'INRS (qui, lui, dans la plupart des cas, peut au moins diffuser la version manuscrite finale); 3) partage du PDF de l'article de personne à personne (plusieurs éditeurs permettant ce type de partage, les lecteurs sur ResearchGate et Academia.edu peuvent donc contacter l'auteur directement et obtenir l'article de cette façon).  En cas de doute, n'hésitez pas à contacter votre bibliothécaire.

Mise à jour : un autre groupe d'éditeurs, comprenant cette fois-ci de gros noms comme Elsevier, Wiley et ACS, y est allé de sa propre demande de retrait d'articles non autorisés à ResearchGate. Deux de ces éditeurs (Elsevier et ACS) ont de plus porté le réseau social en justice pour éviter que de nouveaux articles non autorisés y soient versés.

Il semblerait que ResearchGate ait déjà commencé à retirer des articles de sa plateforme, mais il sera intéressant de voir si ces tirs groupés des éditeurs auront une incidence sur le modèle d'affaires de ResearchGate et sa durabilité.

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1 On dit souvent "Accepted manuscript" ou postprint dans le jargon, soit la dernière version soumise à l'éditeur, juste avant que celui-ci ne fasse la mise en page finale.