A lire: Le déclin des grandes revues

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Dans le numéro de février de Découvrir, le magazine de l’ACFAS, le chercheur Vincent Larivière de l’Université de Montréal signe un court article sur l’évolution récente des « revues savantes », l’épine dorsale autour de laquelle s’est articulée la diffusion des connaissances scientifiques. Malgré de nombreuses mutations, elles sont aujourd’hui encore la clé de voute de l’évaluation par les pairs, laquelle est partie intégrante de la validation des avancées de la science.

Le tout fonctionne comme une forme de sélection naturelle : plus les résultats à publier sont importants et significatifs (ou plus le chercheur est reconnu), plus les revues dans lesquelles ces résultats seront publiés seront considérées prestigieuses, ce qui  induit une hiérarchie. La perception sera différente, jugée de qualité supérieure, si une découverte est publiée dans Science ou Nature en comparaison d'une autre présentée dans la revue Il Nuovo Cimento ou le Canadian Journal of Physics.

Cette hiérarchisation des revues trouve une autre utilité concrète auprès des gestionnaires : ainsi, l’Academic Ranking of World Universities (i.e. « classement de Shanghai ») comptabilise les articles publiés dans Science ou Nature comme un indicateur d’excellence des établissements, comptant pour 20 % de leur note globale.

Jusqu’ici rien de vraiment nouveau, direz-vous. Sauf que le monde a changé depuis 10 ans. Jusqu’au tournant des années 2000, une poignée de grandes revues, souvent multidisciplinaires (Science, Nature, etc.) et parfois spécialisées (New England Journal of Medicine, etc.) publiaient une fraction importante des articles les plus cités. Dès le passage des revues savantes sur le web, suivi de près par l’apparition de nouveaux titres, mieux diffusés, souvent moins coûteux, et mieux adaptés à ce nouveau paradigme, tout bascule.

Ainsi, le JBC (Journal of Biological Chemistry) publiait plus de 5 % des articles parmi les 5 % les plus cités en 2000, mais en 2010, ce pourcentage est 5 fois moins : moins de 1 %! Même topo du côté de PNAS (4% en 1985 vs 2,3% en 2010) ou Nature (2,4% vs 1,2%).

A l’inverse, les nouveaux joueurs se nomment PLOS One, une revue multidisciplinaire en libre accès qui passe de 0% en 2006, année de sa fondation, à 0,8% en 2009 ou ACS Nano car certains autres nouveaux joueurs doivent leur croissance fulgurante aux domaines émergents pour les besoins desquels ils ont été créés.

Petit bémol qui demanderait analyse, toutefois : qu'en est-il du phénomène de la nouveauté? Certains revues comme AIDS performaient à plein régime il y a 20 ans. On peut faire l'hypothèse que les nanotechnologies suivront probablement la même tendance. Dans la même veine, là où il y avait un seul titre Nature il y a peu, nous en sommes désormais rendus à une brochette sans cesse grandissante (Nature Chemistry, Nature Nanotechnology, Nature Geosciences, Nature Curried Chicken...), dont le poids global ne semble pas pris en compte dans l'étude.

En dehors peut-être de l'émergence de certaines revues plus "internet" dans leur ADN que les autres, n'assistons-nous pas plutôt à de l'éparpillement, et non pas tellement à une relève de la garde?

 

Source : Larivière, Vincent (2013) Le déclin des grandes revues. Découvrir : le magazine de l’ACFAS, février 2013. http://www.acfas.ca/publications/decouvrir/2013/02/declin-grandes-revues